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Jean Lurçat “Pâques 1962”

Jean Lurçat “Pâques 1962”

Jean Lurçat – Pâques 1962

Matériaux : Laine

Dimensions : 150 x 222 cm ; 5 x 7 ft

Année : 1962

Tapisserie d’Aubusson tissée par l’Atelier Goubely

 

L’Oeuvre de Lurçat est immense : c’est toutefois son rôle dans la rénovation de l’art de la tapisserie qui lui vaut d’être passé à la postérité. Dès 1917, il commence par des oeuvres au canevas, puis, dans les années 20 et 30, il travaille avec Marie Cuttoli. Sa première collaboration avec Les Gobelins date de 1937, alors qu’il découvre simultanément la tenture de l’Apocalypse d’Angers qui l’incite définitivement à se consacrer à la tapisserie. Il abordera les questions techniques d’abord avec François Tabard, puis à l’occasion de son installation à Aubusson pendant la guerre, il définira son système : gros point, tons comptés et cartons dessinés numérotés.

Une production gigantesque commence alors (plus de 1000 cartons), amplifiée par la volonté d’entraîner ses amis peintres, la création de l’A.P.C.T (Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie) et la collaboration avec la galerie La Demeure et Denise Majorel, puis par son rôle d’inlassable propagateur du medium à travers le Monde.

Son oeuvre tissée témoigne d’un art d’imagier spécifiquement décoratif, dans une iconographie symbolique très personnelle, cosmogonique (soleil, planètes, zodiaque, quatre éléments…), végétale stylisée, animale (boucs, coqs, papillons, chimères…), se détachent sur un fond sans perspective (volontairement éloigné de la peinture), et destinée dans ses cartons les plus ambitieux, à faire partager une vision à la fois poétique (il émaille d’ailleurs parfois ses tapisseries de citations) et philosophique (les grands thèmes sont abordés dès la guerre : la liberté, la résistance, la fraternité, et la vérité…) et dont le point culminant sera le « Chant du Monde » (Musée Jean Lurçat, ancien hôpital Saint-Jean, Angers), inachevé à sa mort.

Le titre « Pâques 1962 » correspond à la date de création du carton, plutôt qu’à son sujet, qui reste traditionnel pour l’artiste : terre et air, papillon et salamandre,… En 1962, la gloire de Lurçat est à son comble, les commandes, publiques comme privées affluent, et il s’y épuise, tandis qu’il essaie simultanément de mener à bien « le Chant du Monde ». Peut-être, dans cette épuisante débauche d’énergie, souhaite-t-il interrompre le cours du temps, en datant cette tapisserie-ci ?

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